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  • Thibault Bissirier

Maximilien Pellet en double jeu à la galerie Double V

THESTEIDZ.COM | 26.04.2024 | EXPOSITIONS


À la galerie Double V, à Paris, Maximilien Pellet (né en 1991, Paris) joue la carte du folklore et de la théâtralité, en présentant une nouvelle série d’œuvres en céramique inspirées de l’univers des parades et des rituels magiques. Entre arts décoratifs et peinture, l’ensemble se déploie comme une fiction poétique, aussi anachronique que réjouissante.


Aux murs, de grandes plaques de grès émaillé, certaines découpées comme des patrons de couture, d’autres, au format tableau, exhibent des compositions schématiques dans lesquelles de naïves figures, pareilles à celles qui ornent les vases étrusques où les parois des temples babyloniens, se mêlent à des motifs géométriques carnavalesques. Le trait est enfantin, joyeux ; la couleur, vibrante, est lumineuse. Sur l’une des œuvres de Maximilien Pellet, deux profils incisés à main levée braquent un œil écarquillé sur un trésor de pacotille. Ce même trésor s’entasse ailleurs dans un coin de la galerie Double V. On y trouve pêle-mêle des statuettes, des couronnes ou des clefs, et surtout ces montagnes de pièces, étincelants jetons de céramique jaune poussin, sans revers ni avers. Entre parade et jeux d’enfants, ici l’on joue, on fait semblant.


Diplômé de l’École Nationale Supérieure des Arts Décoratifs de Paris en 2014, Maximilien Pellet s’est formé aux techniques de l’image imprimée (sérigraphie, gravure, édition), dont il garde le goût du motif clair, efficace, simple. Usant encore aujourd’hui du dessin comme d’une méthode de recherche et de préparation pour ses compositions, il s’est au fil du temps perfectionné dans les techniques de l’enduit, puis de la céramique, auxquelles il adapte son style hybride et syncrétique, certes profondément ornemental dans sa grammaire, mais non dénué de références à l’histoire des arts et des civilisations, depuis les artefacts archéologiques jusqu’aux avant-gardes du 20e siècle. Matisse n’est pas très loin, avec ses papiers découpés ; le Bauhaus non plus, dont Maximilien Pellet semble poursuivre, à sa manière, le programme de décloisonnement entre les beaux-arts et les arts qualifiés de mineurs. Devant certaines œuvres, on songe volontiers au design pop et minimaliste des années 1970 ; pour d’autres, il faudra remonter aux hiéroglyphes antiques d’une Mésopotamie fantasmée, ou bien aller voir du côté des productions vernaculaires purement décoratives et des traditions folkloriques.


Outre la diversité des inspirations et l’inventivité des combinaisons de registres, ce qui frappe en observant le travail de Maximilien Pellet, c’est son apparente économie de moyens. Au trait naïf et faussement spontané des motifs qu’il décline, il faut ajouter la simplicité des accords de couleur : le plus souvent, une teinte dominante pour ce qui concerne le présent corpus, principalement le bleu et le vert associée à un cerne et un fond neutres noir ou blanc cassé. Surtout, il se dégage de ses œuvres une certaine familiarité, que l’on doit tout autant au choix des formes qu’à celui de matériaux bien connus, et depuis longtemps utilisés pour les objets du quotidien et les parements domestiques.


Ce n’est d’ailleurs pas pour rien si l’exposition prend pour titre “Décorum”, terme qui définit à la fois l’espace scénique où se déroule l’intrigue au théâtre, mais également l’ensemble des éléments utiles au déroulement des processions et des cérémonies. Ce sont là les pièces disparates d’une dévotion en devenir ou d’un rite déjà professé. « Chemisier Officiel », « Uniforme Oracle », « Armure Prestige », nous conviendrons que les costumes de Maximilien Pellet ne sauraient être endossés par personne, qu’ils ne sont qu’une image. Qu’importe, n’est-ce pas là le propre du spectacle et du jeu ? Que nous acceptions de suspendre notre incrédulité au profit d’un récit plus grand que la réalité ? Si l’artiste nous trompe, s’il raconte des histoires, c’est uniquement parce que nous avons faim de croire.


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Exposition “Décorum” by Maximilien Pellet

Jusqu’au 25 mai 2024 at Galerie Double V

37, rue Chapon – 75003 Paris


Vue de l’exposition “Décorum” de Maximilien Pellet, Galerie Double V (Paris), 2024. Photo : Grégory Copitet.


Détail de l’exposition “Décorum” de Maximilien Pellet, Galerie Double V (Paris), 2024. Photo : Grégory Copitet.


Maximilien Pellet, Monument, 2024, 182 x 142 x 5,5 cm, faïence sur bois et caisse américaine en chêne. Courtesy de l’artiste et de la Galerie Double V (Paris). Photo : Romain Darnaud.


Maximilien Pellet, Chemisier Officiel, 2024, 110 x 100 x 13 cm, faïence sur bois et cerclage métallique. Courtesy de l’artiste et de la Galerie Double V (Paris). Photo : Romain Darnaud.


Maximilien Pellet, L’Alchimiste, 2024, 84 x 55 x 4 cm, faïence sur bois et caisse américaine en chêne. Courtesy de l’artiste et de la Galerie Double V (Paris). Photo : Romain Darnaud.



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