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  • Thibault Bissirier

La peinture se donne en spectacle à la Fondation Ricard

THESTEIDZ.COM | 28.02.2024 | EXPOSITIONS


Imaginé par la commissaire Marjolaine Lévy à la suite de ses recherches sur l’héritage du modernisme dans la création contemporaine, le dialogue que présente la Fondation Pernod Ricard entre les œuvres de Farah Atassi et celles d’Ulla von Brandenburg nous plonge avec délice dans un univers coloré, saturé et joyeux. 


Parmi les fils rouges de l’exposition, celui de la théâtralité occupe une place centrale. Chez Farah Atassi (née en 1981, Bruxelles), la référence au cabaret est évidente, plus particulièrement au Ballet mécanique (1924), ce court-métrage de Fernand Léger auquel la peintre emprunte de nombreux motifs. Sa série Mechanical Cabaret (2022-2023) décline ainsi des compositions rigoureuses et faussement symétriques, dans lesquelles le corps de la femme apparaît morcelé, débité en éléments de décor : les seins se font rideaux de scène et les jambes, présentées en bouquet, semblent celles d’un mannequin de bois, transformées en leviers d’une étrange mécanique du rêve. Avec son autre série, Model, Atassi renvoie cette fois la balle vers Matisse et Ingres. Odalisques modernes piégées dans le plan du tableau, la peinture va et vient entre l’objet de désir et le désir de l’objet. Comme souvent dans ses œuvres, l’ornement prend le dessus et cela n’a rien d’un crime.


Dans le travail d’Ulla von Brandenburg (née en 1974, Karlsruhe), la citation est certes moins littérale, mais tout autant assumée. Il faut ici regarder du côté des avant-gardes ayant établi le décloisonnement entre les beaux-arts et les arts décoratifs ou scéniques comme principe de la modernité qu’elles défendaient — on songe notamment au Bauhaus. C’est en suivant ce précepte que l’artiste prend le parti de hisser la peinture au rang d’environnement. Son installation La fenêtre s’ouvre comme une orange (2022) nous fait littéralement entrer dans le tableau et la couleur. Avec ce format monumental, la peinture se donne en spectacle autant qu’elle met en scène le visiteur. Le quatrième mur est tombé, un voile se lève pour nous laisser passer.


Ailleurs, c’est à l’œuvre de Sonia Delaunay qu’Ulla von Brandenburg fait référence ; à ses peintures bien sûr, mais aussi ses costumes, ses tapisseries et ses décors, dont on décèle l’inspiration dans les films muets qu’elle présente pour l’exposition (danse abstraction ; tour de magie ; troc, 2022). On y voit des acteurs aux accoutrements bigarrés parader et danser, certains faire des tours de passe-passe. Les plans fixes se succèdent au rythme d’accords saturés de bleu, d’orange, de vert. Culottes de clowns et cotillons, ce sont des jeux d’enfants. Un régal pour les yeux. On saluera enfin l’effort de scénographie, qui sert à merveille les œuvres, chaque mur ayant été peint d’une couleur différente en accord avec les artistes. Il ressort de cette proposition quelque chose de charmant, au bon sens du terme, c’est-à-dire d’enchanteur. Un dialogue délicat, sans heurt, et qui fait un bien fou.


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Exposition “La société des spectacles”

Jusqu’au 20 avril 2024 at Fondation d’entreprise Pernod Ricard

1, cours Paul Ricard – 75008 Paris



Vue de l’exposition “La société des spectacles”, Fondation d’entreprise Pernod Ricard, Paris, 2024. Photo : Léa Guintrand. Courtesy d’Ulla von Brandenburg et de Farah Atassi © ADAGP.


Vue de l’exposition “La société des spectacles”, Fondation d’entreprise Pernod Ricard, Paris, 2024. Photo : Léa Guintrand. Courtesy d’Ulla von Brandenburg et de Farah Atassi © ADAGP.


Vue de l’exposition “La société des spectacles”, Fondation d’entreprise Pernod Ricard, Paris, 2024. Photo : Léa Guintrand. Courtesy d’Ulla von Brandenburg et de Farah Atassi © ADAGP.



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