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  • Thibault Bissirier

Amandine Guruceaga, motifs de réconciliation

THESTEIDZ.COM | 30.10.2023 | EXPOSITIONS


À la galerie Julie Caredda, la plasticienne Amandine Guruceaga (née en 1989) développe une abstraction sensible qui, à travers sculptures et tableaux, semblent panser la fragilité des émotions. Alchimiques, ses œuvres confirment une matérialité radicale, tenant davantage du patchwork que du glacis.


Depuis la rue, par la vitrine de la galerie Julie Caredda, le flâneur croise en premier lieu la silhouette molle d’une sculpture verte et rose, semblable à un cactus assoiffé qui nous tirerait la langue. Derrière elle, alignés sur les murs blancs, plusieurs tableaux déclinent leurs compositions abstraites aux couleurs vives et chatoyantes. On se dit d’abord qu’il s’agit de peinture, jusqu’à ce qu’un rai de lumière les caresse, allumant çà et là des reflets métalliques. Curieux, on entre.


Amandine Guruceaga le dit elle-même, elle a grandi dans un atelier, celui de ses parents qui travaillaient l’émaillage des métaux. Rien d’étonnant à ce que la jeune artiste, au moment de choisir le sien à l’École Supérieure d’Art et de Design de Marseille, se soit tournée vers l’atelier de sculpture, préférant aux pinceaux un contact plus direct et plus physique avec la matière. Pourtant, en pénétrant l’exposition, c’est bien un refrain de peintre que l’on entend, avec ses formats, ses couleurs, ses dégradés et ses aplats. Bien sûr, il reste cette pointe d’accent sculptural qui fait tout le charme et le sel des œuvres de Guruceaga.


Réunis sous le titre « Healing surfaces », ses récents travaux se composent d’assemblages de matériaux divers. Deux principalement : le tissu, que l’artiste décolore, teint, plie, froisse ; et le cuivre, qu’elle brûle, grave ou tord. Rien d’autre, ni dessin, ni coup de brosse. On l’imagine en alchimiste dans son laboratoire, s’évertuant à changer le métal en ambre, le wax en aquarelle, usant de l’altération comme d’une méthode de création. L’image d’une couturière découpant ses patrons nous traverse également l’esprit tandis que l’on s’approche des œuvres qui tiennent du patchwork plus que du glacis. Surtout, à mesure que l’on plonge dans ces combinaisons abstraites au milieu desquelles l’imagination forme parfois des morceaux de paysages, nous vient l’envie de toucher, d’éprouver les textures, vérifier la matière. 


L’artiste s’est souvent exprimée sur l’attention qu’elle porte aux qualités sensorielles et matérielles de ses réalisations, ainsi qu’à sa volonté de réconcilier les « beaux-arts » avec l’artisanat. Il est vrai que, dans son œuvre, réside quelque chose de l’objet bien fait, un soin apporté au détail. En témoignent plus particulièrement les Trophées (2023), série de petits assemblages dont le principe de composition est inversé par rapport aux autres pièces. Ici, c’est le cuivre qui sert de fond, miroitant, chaud, sur lequel l’artiste est venue placer un élément de tissu en volume. Mou contre dur, une relation se noue dans un geste aussi radical qu’évident. Plus que le contraste ou la tension, Guruceaga privilégie la fusion et la concorde. Nous parlions d’alchimie : cette abstraction-là n’est pas dénuée de cœur. Les titres des œuvres le laissent d’ailleurs entendre sans équivoque : Why are you in the Other Side (“pourquoi es-tu de l’autre côté”, en français), Your Scar is a Line (“ta cicatrice est une ligne”), Traces of Tears (“traces de larmes”), Copper Ecchymose (“ecchymose de cuivre”). Amandine Guruceaga sculpte les sentiments, elle guérit les souvenirs comme on panserait une plaie trop vive encore, laissant affleurer ce qui se cache au plus profond. Chaque histoire laisse des cicatrices, et c’est à partir d’elles que l’artiste compose. My heart your tongue « Empathie » (Mon cœur ta langue « Empathie ») : en partant, on salue la sculpture molle qui regarde au dehors et dont le titre résume la délicate sentimentalité de l’artiste.  On ne s’étonne même plus d’éprouver un peu de compassion pour cette étrange mais sympathique sentinelle. Entre elle et nous, le courant passe.


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Exposition “Healing Surfaces” by Amandine Guruceaga

Jusqu’au 11 novembre 2023 at galerie Julie Caredda

4, rue de Miromesnil – 75008 Paris



Amandine Guruceaga, My heart your tongue “Empathie”, 2023, cuivre brûlé gravé, tissus, mousse, socle en acier, 150 x 70 x 20 cm, courtesy de l’artiste et de la galerie Julie Caredda (Paris). Photo : Jc Lett.



Vue de l’exposition “Haeling Surfaces” d’Amandine Guruceaga, galerie Julie Caredda (Paris). Photo : Allison Borgo.



Amandine Guruceaga, Sans titre (Trophée#2), 2023, cuivre brûlé, tissus teintés, mousse, 52 x 37 x 5 cm, courtesy de l’artiste et de la galerie Julie Caredda (Paris). Photo : Jc Lett.



Amandine Guruceaga, Incarnat, ta peau est la croûte d’un volcan, 2023, tissus, teintés, cuivre brulé sur bois, 60 x 45 x 5 cm, collection privée, courtesy de l’artiste et de la galerie Julie Caredda (Paris). Photo : Jc Lett.



Amandine Guruceaga, Copper Ecchymose, 2023, tissus teintés, cuivre brulé sur bois, 122 x 95 x 5 cm, courtesy de l’artiste et de la galerie Julie Caredda (Paris). Photo : Jc Lett.

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